Quand on parle de réussite au collégial, le taux de diplomation est généralement le premier indicateur qui vient à l'esprit. Mais un seul chiffre peut-il vraiment nous permettre de comprendre les parcours étudiants ?
Les données disponibles nous montrent que la réponse est non.
Selon une publication récente de l'Institut de la statistique du Québec, environ 75 % des jeunes nés à la fin des années 1990 qui ont accédé aux études collégiales entre 17 et 19 ans avaient obtenu un diplôme d'études collégiales (DEC) ou une attestation d'études collégiales (AEC) avant l'âge de 28 ans.
Cette mesure raconte une histoire différente de celle des indicateurs de diplomation suivis par le ministère de l'Enseignement supérieur.
Et c'est justement là que l'analyse des données devient intéressante.
Un taux de diplomation dépend de la façon dont on le mesure
Le ministère de l'Enseignement supérieur utilise notamment un indicateur qui mesure le taux de diplomation au collégial deux ans après la durée prévue du programme initial menant au DEC, pour les programmes visés par l'Opération main-d'œuvre.
Pour cet indicateur, le résultat était de 62,1 % en 2022-2023, comparativement à une cible de 64,8 %.
Ce chiffre ne signifie donc pas que seulement 62,1 % des jeunes qui commencent des études collégiales finiront éventuellement par obtenir une sanction d'études collégiales.
Il répond à une question beaucoup plus précise :
Quelle proportion des étudiants obtient son diplôme dans cette fenêtre de suivi et dans les programmes visés par cet indicateur ?
Cette distinction est essentielle lorsqu'on utilise les données pour prendre des décisions.
62 % ou 75 % : lequel est le bon chiffre?
En réalité, les deux peuvent être pertinents.
Ils ne mesurent simplement pas la même chose.
Le premier indicateur s'intéresse à la diplomation dans une fenêtre précise après la durée prévue du programme initial.
Le second suit les jeunes sur une période plus longue et considère l'obtention d'un DEC ou d'une AEC avant l'âge de 28 ans.
Cela illustre une réalité fondamentale de l'analytique institutionnelle : avant de comparer deux résultats, il faut comprendre exactement ce qu'ils mesurent.
Le parcours étudiant est plus complexe que le résultat final
Un étudiant peut :
- changer de programme;
- interrompre temporairement ses études;
- prolonger son parcours;
- obtenir une sanction différente de celle prévue au départ;
- ou poursuivre son cheminement dans un autre établissement.
Si l'on regarde uniquement le résultat final, une grande partie de cette histoire disparaît.
C'est pourquoi l'analyse par cohorte est particulièrement utile.
La cohorte permet de voir ce qui se passe entre le début et la fin
Plutôt que de regarder uniquement le taux de diplomation, on peut suivre l'évolution d'une cohorte au fil de son parcours :
Inscription → réussite → réinscription → persévérance → changement de programme → interruption → diplomation
Cette approche permet de poser des questions beaucoup plus précises.
À quel moment les étudiants quittent-ils leur parcours?
Une baisse de la diplomation observée plusieurs années plus tard peut être le résultat d'événements qui se sont produits beaucoup plus tôt.
Certains programmes présentent-ils des parcours différents?
Un résultat institutionnel global peut masquer des écarts importants entre les programmes.
Les étudiants qui ne se réinscrivent pas reviennent-ils plus tard?
Une absence à la session suivante ne signifie pas nécessairement un abandon définitif.
Certains profils présentent-ils des parcours plus fragiles?
Les données institutionnelles permettent parfois d'examiner les résultats selon différentes caractéristiques disponibles dans les systèmes de l'établissement.
L'objectif n'est pas de multiplier les indicateurs. C'est de mettre les bons indicateurs en relation.
Passer du «combien» au «où», puis au «pourquoi»
Un rapport traditionnel répond généralement à une première question :
Combien d'étudiants ont obtenu leur diplôme ?
L'analytique permet d'aller plus loin :
Dans quels programmes ?
Pour quelles cohortes ?
À quel moment les écarts apparaissent-ils ?
Comment évoluent les réinscriptions ?
Quels parcours sont associés aux différents résultats ?
Cette progression transforme progressivement la donnée en information utile à la décision.
Le défi n'est pas de produire plus de données
Les établissements collégiaux disposent déjà d'une quantité importante de données.
Le véritable défi peut être de les rendre cohérentes, accessibles et suffisamment contextualisées pour permettre aux équipes de comprendre ce qu'elles signifient.
C'est pourquoi un bon environnement analytique ne devrait pas seulement afficher des indicateurs. Il devrait permettre de naviguer entre les indicateurs, de passer du portrait global au détail et de comprendre comment les différentes dimensions du parcours étudiant s'articulent.
La bonne question n'est peut-être plus «quel est notre taux»
Le taux de diplomation demeure évidemment un indicateur essentiel. Mais il constitue davantage un point de départ qu'une conclusion.
Pour comprendre la réussite étudiante, il faut aussi regarder ce qui se passe avant la diplomation :
Persévérance. Réinscription. Cheminement. Cohortes. Programmes. Délais de diplomation.
C'est cette combinaison qui permet de passer d'une logique de reddition de comptes à une véritable logique d'analyse.
Et si vos données permettaient de mieux comprendre les parcours ?
MyMetrix-Éducation permet de regrouper les indicateurs liés à la réussite et au cheminement étudiant dans un environnement analytique conçu pour les établissements collégiaux.
L'objectif n'est pas simplement de produire un meilleur rapport. C'est de rendre les données suffisamment accessibles pour permettre aux équipes de poser de meilleures questions et de prendre de meilleures décisions.
Sources
Ministère de l'Enseignement supérieur. Rapport annuel de gestion 2022-2023, indicateur 3 : « Taux de diplomation au collégial, 2 ans après la durée prévue du programme initial (DEC) visé par l'Opération main-d'œuvre ». Résultat 2022-2023 : 62,1 %.
Institut de la statistique du Québec. Réussite collégiale : des écarts liés à l'insécurité alimentaire et au rôle des parents, 17 février 2026. Cette publication indique qu'environ 75 % des jeunes nés à la fin des années 1990 ayant accédé aux études collégiales entre 17 et 19 ans avaient obtenu un DEC ou une AEC avant 28 ans.
Ministère de l'Enseignement supérieur. Données diffusées en réponse à des demandes d'accès à l'information concernant les taux de diplomation du réseau collégial. Le Ministère continue notamment de diffuser des données couvrant les dernières années et différents indicateurs de diplomation.